Décision européenne pour une alerte nationale

Le système d’alerte des populations en France date de la 2nde guerre mondiale. Alors déclenchée pour prévenir d’éventuels bombardements, son utilisation répondait à une hiérarchie organisée. La transmission des consignes de sécurité et la responsabilité de déclencher les alertes incombaient aux préfets et aux maires. Depuis, ce système a été partiellement révisé et nommé SAIP (Système d’Alerte et d’informations aux populations).

Aujourd’hui, la population doit faire face à de nouveaux dangers qu’ils soient technologiques, terroristes ou climatiques. C’est pourquoi avec l’avènement des nouveaux modes de communication, la mobilité, tendent à pousser les Etats à innover dans la création de nouveaux dispositifs d’alerte.

Différents pays européens ont déjà implanté de nouveaux canaux d’alertes auprès du grand public.

Quels sont ces pays ? Et quels sont les obstacles que rencontre la France dans ce domaine ?

Les leaders européens en système d’alerte

Les Pays-Bas, la Lituanie, la Suède et la Belgique ont mis en place des systèmes efficaces. A cela une raison : leur proactivité. Pas de secret. Pour avoir un système fiable, il faut l’imaginer et le penser pour qu’il réponde aux deux questions essentielles :

  • Pour qui ?
  • Et comment ?

En définissant la cible et les vecteurs, on peut déjà avoir une idée plus précise des médias à utiliser pour une meilleure transmission de l’information auprès du plus grand nombre.

La Slovénie, la Pologne, la Roumanie et la France. Ces quatre pays ont déjà entamé des réflexions autour de la modernisation des systèmes d’alerte sans pour autant se satisfaire des dispositifs actuels.

L’exemple belge : Be Alert

En Belgique, les maires disposent du droit d’alerter les populations et ont également accès à la plateforme nationale web sécurisée Be Alert pour le faire. Les bourgmestres (maires), les gouverneurs (équivalent des préfets) et le Ministre de l’Intérieur peuvent aussi l’utiliser en cas de nécessité.

En activité depuis juin 2017, l’alerte peut être déclenchée via différents canaux : médias sociaux, emails, téléphonie mobile mais aussi téléphonie fixe !

Ce système permet d’envoyer des messages aux personnes enregistrées. Pour le reste de la population, la plateforme a pour mission de géolocaliser les téléphones portables présents dans la zone à risques afin de leur transmettre le SMS approprié via le réseau opérateur téléphonique.

Les mises en situation, le test grandeur nature

Benoit Ramacker, le porte-parole du Centre de crise National belge, appelle cela « une éducation aux risques et à l’alerte ». En Belgique, tous les 1ers jeudis du mois, les communes peuvent tester leur système d’alerte pour sensibiliser la population. Il souligne d’ailleurs que les citoyens sont assez demandeurs de ce type d’exercices dans leur quotidien.

En décembre 2018, une cinquantaine d’alertes ont déjà été déclenchées.  Ceci a d’ailleurs un coût pour les mairies : environ 1000 euros/an de frais d’abonnement auxquels s’ajoutent les frais de communication pour chaque alerte déclenchée. Seuls les frais liés au développement de la plateforme sont imputés à l’Etat, et les SMS aux opérateurs de téléphonie mobile.

La Suisse n’est pas en reste puisque les habitants ont connu une tempête fin octobre 2018. L’occasion, non pas de tester, mais d’approuver l’application Alertswiss, disponible pour les systèmes Android et Ios. L’optimisation de cette application aura coûté un peu plus d’1 million d’euros. En cas de crise, l’alerte est diffusée dans les 3 langues nationales et également en anglais. La police cantonale, responsable du déclenchement de l’alerte, centralise les informations pour retransmettre sur tous les canaux de diffusion à l’aide d’un terminal dédié.

Débat sur le cell broadcast

La diffusion cellulaire (ou cell broadcast), est une technique qui permet d’envoyer via un réseau de téléphonie mobile le même message à tous les abonnés à l’intérieur d’une zone géographique donnée.

La France a pratiqué les notifications smartphone géolocalisées avant de s’arrêter. Par ailleurs, la Belgique a également décliné cette solution pour se diriger vers une alerte via SMS. Les Belges évitent ainsi la contrainte liée au paramétrage. En effet, on doit obligatoirement disposer de téléphones préalablement paramétrés pour recevoir les messages d’alerte via la diffusion cellulaire.

Mais le grand inconvénient du cell broadcast réside essentiellement dans le fait que ce dispositif n’est pas multi-canal. C’est pourquoi de plus en plus de pays souhaitent compléter cet outil avec des applications numériques (tablettes, objets connectés…).

Quels sont les dispositifs d’alerte en France ?

Le système d’alerte pensé par la France se veut unique et diffusable sur différents vecteurs :

  • médias
  • panneaux à messages variables (panneaux d’autoroute)
  • et smartphones.

Pour ce qui est des médias, la France a un compte Twitter officiel destiné aux alertes (@Beauvau_Alerte). Si on prend le cas de l’attentat du 11 décembre 2018 à Strasbourg, l’alerte a paru sur le compte dans les 45 minutes qui ont suivi l’événement.

Les panneaux d’autoroute, eux, restent des vecteurs à grande échelle tout comme la télévision. L’alerte enlèvement représente d’ailleurs le meilleur exemple puisque celle-ci mobilise plusieurs réseaux multicanaux.

Cependant, le risque d’une « fake news » et de panique généralisée reste trop important pour prendre de tels dispositifs à la légère. Ludovic Morand, vice-président de Visov, fait partie de l’organisation des Medias Sociaux en Gestion d’Urgence. Les veilleurs de son association exercent une veille continue en analysant et vérifiant les informations avant de les publier sur les réseaux sociaux. S’il est nécessaire de s’appuyer sur les capteurs humains que représentent la population, il est également indispensable d’en contrôler l’information.

La définition de l’alerte, un problème français

La terminologie est ici importante puisqu’elle est à la genèse de la prise de décision. L’appréhension de celle-ci est ainsi déterminante dans le processus de recherche d’un nouveau dispositif fiable.

En effet, l’ombre de l’Application SAIP plane encore sur le contexte décisionnel. Et l’idée de déclencher des alertes à des niveaux de responsabilité plus faible pour éviter les délais trop longs entre la survenue de l’événement et la transmission d’informations reste une question épineuse. Pour rappel, SAIP a été imaginé pour alerter la population en cas de danger via différents canaux. L’application dédiée était destinée à l’envoi de notifications smartphones, soit sans surcoût d’usage.

Le 14 novembre dernier, le Parlement européen a voté la mise en place d’un dispositif d’alerte mobile et géolocalisée d’urgence nommé « reverse 112 » en cas d’attentat et de catastrophe naturelle. Cette disposition met les Etats membres dans une situation critique. En effet, amorcé ou non, les états membres de l’UE ont jusqu’en juin 2020 pour mettre en place un système d’alerte.

D’ici là, un effort collaboratif a émergé pour favoriser la mise en place des dispositifs à la hauteur des dangers qui guettent les populations.

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