Pendant ce temps-là, les sénateurs français viennent de voter la taxation au kilomètre des acteurs du e-commerce qui nous livrent à domicile. A l’Est, dans un pays tellement plus grand et tellement plus peuplé, la Chine, Alibaba et Hema continuent de progresser dans leur faculté à livrer tout et partout, plus vite que leurs concurrents. Pourquoi cette course folle à la livraison et comment peut-elle être adaptée aux produits frais ?

Retour sur quelques apprentissages venus d’orient :

Le marché traditionnel chinois, un peu comme celui que nous fréquentons, mais en plus grand, présente une impressionnante variété de produits, des fruits et légumes aux poissons encore vivants sans oublier les insectes ou autres mollusques. Or le consommateur chinois est très soucieux de la fraîcheur des produits qu’il consomme et s’il se rend en magasin, c’est pour constater par ses sens, qu’il n’y a pas de tentative de tromperie sur la marchandise. Il peut ensuite rentrer tranquillement chez lui et passer sa commande en ligne. Près de 50% des produits frais sont ainsi commandés via internet. Alibaba qui s’est allié à Hema sur ce marché, a également racheté pour près de 8 milliards d’euros, l’Appli Ele.me (qui signifie « tu as faim » en mandarin) pour compléter le parcours.

Ele.me emploie une hallucinante armée de 3 millions de livreurs en scooters dotés de caissons frigorifiques qui sillonne les agglomérations chinoises sans relâche. Au total ce sont 343 millions d’internautes qui ont passé une commande de plats cuisinés en Chine en 2017. Le poisson a peine sorti de l’aquarium arrivera-t-il chez vous en 30 minutes ? C’est le défi énorme lancé à ces géants par une clientèle exigeante. « Comptant parmi les apps les plus utilisées en Chine, la livraison alimentaire est un important point d’entrée dans le secteur des services de proximité », a expliqué Daniel Zhang, le PDG d’Alibaba, dans une interview publiée par Les Echos au printemps dernier.

Hema a donc développé sa propre Appli pour traiter les commandes et le succès est au rendez-vous. Avec plus de 1000 commandes par jour, par supermarché (des surfaces d’environ 5000 m2) et une livraison entre 15 et 30 minutes si le client habite dans un rayon maximum de 5 kms autour du magasin et ceci 24h/24h. La performance est remarquable et pourrait inspirer les occidentaux ; il existe une trentaine de magasins de ce genre en Chine actuellement et Hema en annonce une centaine pour la fin 2018.

L’expérience est d’ailleurs identique en ligne ou en physique. Un tour de force qui nécessite un investissement massif dans les dernières technologies comme le paiement sans cash via Alipay, mais aussi une gestion ultra-perfomante des données personnelles des clients.  Mieux encore la reconnaissance faciale reliée au portefeuille via l’Appli permet de tout savoir sur chaque client, de son âge à ses préférences gustatives en passant par son état de santé.

Jack Ma, le fondateur médiatique d’Alibaba, souhaite démontrer avec ce partenariat fort liant le e-commerce aux supermarchés de ville, que la complémentarité des parcours est une réalité dans la vie quotidienne des chinois et qu’il n’a aucunement l’intention de mettre fin au commerce de proximité. Puissance et agilité sont alors réunies pour la plus grande satisfaction des consommateurs.