Depuis que le smartphone est devenu notre outil préféré, nous avons accepté et appris les avantages d’être géolocalisés en permanence. Ainsi nous savons désormais trouver notre chemin à pied, en voiture ou même en transport en commun, nous trouvons facilement l’épicier ou le pressing le plus proche de nous, et nous calculons à l’avance nos temps de trajet, pour n’en citer que quelques exemples. Nous sommes à l’heure à nos rendez-vous et nous ne perdons plus de temps en nous déplaçant, #oupresque. Plus récemment, nous avons découverts des recommandations, des informations plus pertinentes et plus utiles à nos vies, lorsque Google et les autres ont utilisé nos coordonnées géographiques pour affiner leurs réponses. Pour les marques et leurs services marketing, ceci représente une opportunité de mieux « cibler » leurs messages et ainsi de les rendre plus performants. Les réseaux sociaux qui sont devenus des catalyseurs de nos conversations, sont eux aussi demandeurs de nos informations et nous suggèrent, en conséquence, de nous géolocaliser. Cette data pourra ensuite être revendue aux annonceurs, alimentant ainsi leur business model.

 

Alors pourquoi ne pas croiser les données entre conversations et situation géographique d’un visiteur de centre commercial ou d’un cinéma ? Comment ne pas voir l’intérêt de mixer la position exacte d’un client avec son interpellation d’une marque ou d’une enseigne sur Twitter ou Facebook pour signaler un dysfonctionnement quelconque. Ainsi un client qui subit une file d’attente trop importante utilisera son smartphone pour notifier son mécontentement et l’enseigne qui écoutera en temps réel son client pourra décider d’ouvrir une nouvelle caisse pour désengorger la file en quelques minutes. Une promotion sur un magasin préféré d’un client sortant d’une salle de cinéma voisine, pourra lui être signifiée à la lecture de son commentaire sur le film posté à peine le générique de fin terminé. Les utilisations malines en terme de marketing de ce croisement d’informations sont encore à imaginer.  

 

Mais il y a d’autres enjeux qui peuvent aussi surgir de la géolocalisation des conversations sociales. Par exemple, ceux de la mobilité ou de la sécurité des citoyens. En effet, si l’on constate un nombre importants de messages indiquant un accident majeur (de circulation ou de phénomène climatique comme un tsunami ou plus simplement une tornade), la position géographique des émetteurs peut permettre des interventions plus rapides et plus efficaces. Ces dispositifs sont déjà utilisés par les aéroports de Londres pour prévenir des retards ou des annulations de vols. En Afrique pour faire face à des mouvements de foule consécutifs aux élections ou à un mouvement social spontané, on a également recours à ces écoutes mixtes via Ushahidi (une technologie de mapping de population reliée aux réseaux sociaux).

 

Deux questions essentielles se posent à ceux qui souhaitent utiliser efficacement cette data : d’une part, la précision de la position fournie qui peut induire des erreurs (à la fois dans la recommandation marketing et dans l’intervention sur place), et le nombre de messages minimum nécessaires à la validation de la signalisation d’un message sur Twitter ou ailleurs. On rappellera que les « fake news » sont, hélas, ce fléau qui se propage un peu trop rapidement et qui peut lui aussi déplacer des foules ou provoquer des réactions totalement infondées. Une certaine prudence ne doit pas nous empêcher d’explorer ces nouveaux territoires et surtout de progresser dans la précision des positions et l’interprétation des conversations des citoyens ou des clients. La qualité des expériences que nous leur fournirons est à ce prix.