Contre les terroristes, l’armée française veut engager des cybercombattants

Le mot peut faire peur ou prêter à sourire. On n’est d’ailleurs pas loin de se demander s’il ne s’agit pas d’un synopsis pour un nouveau film. Pourtant, la menace est bien réelle. Le terrorisme a laissé des séquelles irréversibles chez les Français et a contre toute attente provoqué un élan de patriotisme telles que des vocations militaires qui sont nées suite à ces événements tragiques.

Ce que l’armée avait appelé un « effet émotionnel » après le pic de candidatures constaté après les attentats de janvier 2015 a eu un effet boule de neige après ceux du 13 novembre de la même année. L’intérêt s’est même prolongé toute l’année. Selon les statistiques officielles :

  • Le Ministère de la Défense a annoncé que l’année 2015 a enregistré près de 40% de visites en plus qu’en 2014 dans les centres d’information et de recrutement de l’armée.
  • Le site internet de la Marine a enregistré 2 fois plus de candidatures
  • Celui de l’armée de l’Air a comptabilisé 20 fois plus de demandes en ligne après le 13 novembre 2015.
  • Enfin, l’armée de Terre avait enregistré le lendemain des attentats du 13 novembre pas moins de 1700 contacts contre 150 à 300 quotidiens, soit 10 fois plus. Un chiffre qui a perduré plus de 3 semaines après avec 800 contacts par jour.

En 2015, l’armée avait enfin de compte enregistré le plus grand nombre de candidatures depuis 10 ans.

 

La cyberdéfense, le 4ème élément de l’armée française

Avant de nous intéresser aux élites qui composeront bientôt cet ordre, définissons d’abord leur périmètre d’actions. La cyber défense regroupe un champ très large d’activités, elle peut concerner tout à la fois les actions entreprises pour :

  • Préserver le paysage numérique national et éviter ainsi toute paralysie des infrastructures en cas d’attaques
  • Prévenir des attaques nucléaires
  • Se protéger contre des armes plus sophistiquées qu’elles soient terrestres, maritimes ou aériennes.

De plus, la cyberdéfense n’est pas utilisée qu’en situation de défense contrairement au nom qu’on lui attribue bien souvent. Effectivement, selon le Ministère la Défense :

« Aujourd’hui, toute opération militaire comporte un volet cyber.

Au même titre que la terre, la mer, l’air et l’espace, l’espace numérique constitue un milieu à part entière dont la défense est une nécessité permanente.

Pénétration des réseaux à des fins d’espionnage, prise de contrôle à distance, destruction d’infrastructures vitales, les types de menaces sont nombreux. »

 

Le cybercombattant, un militaire pas comme les autres

Florence Parly, Ministre des armées, avait ainsi décrété le 18 janvier 2019 vouloir mettre en place une doctrine militaire cyberoffensive et recruter 1000 nouveaux cybercombattants avant 2025.

Avec une demande de 1123 postes exactement à pourvoir, l’armée travaille d’arrache-pied pour ajuster sa politique salariale à celle du secteur privé et attirer plus de candidats. Heureusement, l’armée reste toujours un secteur attractif grâce aux valeurs de service que véhicule ce corps de métier et la motivation et l’engagement de ses membres.

 

Qui sont donc ces futures recrues ?

L’objectif est de recruter des militaires plutôt que de faire appel à des civils.

Consciente de son retard dans le domaine, l’armée souhaite engager des jeunes recrues. C’est pourquoi elle met un point d’honneur à être présente aux forums des grandes écoles. C’est là que tout se décide pour les jeunes étudiants en recherche d’une première expérience professionnelle.

En effet, les profils avec des Bac + 5 sont les plus prisés par les entreprises. Le terrain de chasse préféré des chasseurs de tête est bien évidemment celui des écoles d’ingénieurs avec en tête de liste, l’Ecole 42. Cette école est réputée pour dénicher les surdoués du web et leur donner la meilleure formation possible sur les métiers du digital. Il était donc normal que l’armée investisse ses rangs afin de recruter ces hackers en devenir.

De manière moins conventionnelle, l’armée se modernise en lançant également des campagnes… sur les réseaux sociaux ! Même le journal 20 Minutes a été sollicité pour exposer une page d’informations sur cette nouvelle branche militaire.

 

Proposer une formation diplômante reste une priorité pour Florence Parly. La formation en alternance serait idéale car elle permettrait une immersion plus rapide dans ce milieu professionnel d’un genre spécial. Ce qui est déjà en bonne voie puisque l’Ecole Saint-Cyr propose un master dans le domaine de la gestion des risques et de la défense nationale. Cette solution inédite donne en effet la possibilité aux étudiants de s’orienter vers l’armée tout comme vers le privé s’ils le souhaitent à la fin de leur parcours universitaire.

 

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