Le campus universitaire ou la mise en abyme de la Smart City

Les difficultés que rencontrent les grandes métropoles à se transformer en Smart City, sont au moins équivalentes à celles des grands groupes face à la transformation numérique. Sans doute davantage puisqu’il existe des infrastructures quelques fois datées de plusieurs siècles. Des contraintes géographiques et démographiques rendent également certains projets difficiles à concrétiser. Sans oublier les diversités d’équipement et de comportement des populations concernées. Elles restent un frein important au développement des innovations basées sur l’exploitation de la data en temps réel.

 

On comprend plus facilement l’engouement des start-ups qui souhaitent équiper les Smart City. En effet, le but est de tester leurs idées sur les campus universitaires sur le modèle nord-américain. On va vouloir créer de véritables villes dans la ville, qui iront jusqu’à accueillir parfois plus de 100 000 étudiants. Bien entendu, elles incluront également logements, routes, stades, restaurants et même boutiques. Les universités possèdent des laboratoires et des chercheurs. Elles hébergent donc naturellement bon nombre de « Smart Tech Companies ». Elles représentent en outre un environnement très favorable pour les tests en conditions réelles.

 

Alors quelles sont les universités les plus avancées en matière de Smart City ?

Aux Etats-Unis, l’Université de Texas à Austin a, par exemple, développé son propre système intelligent de gestion des ressources énergétiques. Ce système lui assure par ailleurs une autonomie totale.

De son côté, l’Université du Michigan a mis en place un circuit de navettes autonomes. Elles parcourent l’artère principale et desservent les bâtiments sur plus de 3 km à l’intérieur du campus. Ces véhicules Arma imaginés par la société française Navya, sont dotés :

  • du système LIDAR (Light Detection and Ranging),
  • de capteurs,
  • de GPS RTK (Real Time Kinematik)
  • et de caméras pour asssurer la sécurité des 15 passagers.

Les données analysées permettront peut-être plus tard d’imaginer les fameux school bus en véhicules autonomes.

 

Quelles sont les initiatives outre Manche ?

En Ecosse, l’Université de Glasgow teste également de nombreux projets intégrant l’Intelligence Artificielle. La gestion des ressources électriques ou encore la circulation des bus à la demande en font partie.

La Metropolitan University of Manchester tente, quant à elle, de promouvoir une vision d’ensemble des projets, de les intégrer de manière transversale et non par département. Comme c’est encore trop souvent le cas sur les campus britanniques.

Tori Brown, responsable IT de l’Université, déclare que « Le concept du Smart Campus a émergé dès 2016. Face au développement croissant de nombreux projets, il nous a semblé important de les réunir autour d’une histoire démontrant l’engagement des étudiants et notre volonté de recourir à la technologie pour les aider. »

 

Dans le même registre, en Australie, Deakin University basée à Victoria, a développé un assistant personnel vocal. Sur le même mode que Siri, il recourt à l’IA pour devenir un véritable compagnon pour les étudiants au quotidien.

 

La France, un exemple à suivre ?

Quelques universités sur le territoire se sont déjà positionnées sur le Smart Campus. C’est le cas de La Rochelle, qui annonce un Smart Campus à l’horizon 2050 (peut-être un peu lointain ?). On imagine déjà un campus « bas carbone durable, numérique, responsable, intelligent, connecté, intégré dans une smart city ». Le projet propose :

  • d’étudier et de favoriser la mobilité durable,
  • de limiter l’impact des flux du campus sur l’environnement,
  • de développer l’efficacité des bâtiments,
  • et de construire une biodiversité, tout en imaginant un campus virtuel et en inscrivant la démarche dans le cercle vertueux de l’amélioration permanente via l’analyse des données.

 

Lille 1, un projet dénommé SunRise

Il a été initié dès 2010 par le département de génie civil et de géo-environnement. L’objectif est, là encore, de faire de l’université un laboratoire géant. On peut même dire une petite ville intelligente pour tester tous les développements liés à l’IA. La perspective est de les implanter ensuite dans les métropoles. Des chercheurs venus du Qatar, de Chine ou du Maroc, s’inspirent de ce campus de 25000 occupants et de 150 bâtiments. Celui-ci est en effet bardé de capteurs pour mesurer le réseau d’eau, de chauffage, d’électricité mais aussi les déplacements. Le savoir-faire accumulé en quelques années est précieux. Comme l’explique le professeur Isam Shahrour à la tête du laboratoire : « Nous savons désormais où placer les capteurs pour récupérer la bonne information : mieux vaut un capteur situé au bon endroit que dix autres mal installés ».

 

On le constate, les campus universitaires ont de nombreux atouts dans la course à l’innovation. Ils demeurent des centres d’attraction et possèdent des ressources indispensables. Et ce, à la fois pour créer et également pour tester les équipements avec les applications dont seront dotées les futures villes intelligentes. Berceaux des sociétés innovantes et futuristes, les universités ne sont plus seulement des centres de recherche académiques mais aussi des lieux d’expérience parfaits pour se projeter dans l’avenir.

 

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