Le Big Data entre efficacité et sécurité, les employeurs et les salariés en désaccord

Mardi 24 septembre, dans Cash Investigation, Elise Lucet a mis au supplice un jeune responsable de la communication de Deliveroo, plateforme de livraison de repas, qui emploie des milliers de livreurs à Paris et ailleurs et qui a dû faire face à leur révolte sous forme de grève et d’appel au boycott.

Elle lui a, en effet, soumis des documents internes montrant que certains cadres de l’entreprise auraient utilisé le système de géolocalisation des livreurs pour identifier les grévistes parmi eux. Scandale et séquence vidéo qui ont fait le tour des réseaux sociaux, avides de ce genre de fait divers.

 

Le Big Data, grand ennemi de vos données personnelles

Alors comment s’étonner que le « Big Data » effraye quelque peu les salariés des sociétés qui se targuent de mettre à disposition de leurs équipes ces nouvelles plateformes ?

Une étude JLL citée par Le Figaro, indiquerait que les entreprises sont le dernier lieu de résistance face à la montée en puissance de l’exploitation des données personnelles.

Habitué à fournir ses données en échange de l’utilisation d’applications diverses, le citoyen du 21ème siècle l’accepte si la promesse d’une amélioration de sa vie se concrétise.

 

Le Big Data peut-il s’adapter à un environnement de travail ?

On promet aux individus des espaces de travail connectés et « smart », qui deviendront prédictifs après avoir été partagés. Les déplacements, les pauses à la cafétéria, l’utilisation des toilettes, ou des salles de réunion seront bientôt modélisés et feront l’objet de prévisions disponibles pour tous via un smartphone.

Or la première crainte exprimée par les salariés (pour 78% d’entre eux selon l’étude JLL) est naturellement d’être traqué, fliqué par la data. 70% des salariés interrogés ont même peur que leurs données soient utilisées pour tout autre chose que ce à quoi ils auraient consenti.

C’est dire si la tâche est ardue pour les entreprises qui ont des ambitions légitimes en matière de gestion des flux et de management des équipes. Le télétravail par exemple, devrait se développer, mais ne pose-t-il pas la question du contrôle et de la performance ?

 

Du côté des employeurs, on en pense quoi ?

Camille Rinieri, consultante recherche entreprises chez JLL déclarait :

«L’équilibre fragile de la relation employeur-employé serait à n’en pas douter bouleversé par la collecte et l’analyse de données personnelles».

Car côté entreprises, 71% réclament l’accès aux données sans lesquelles elles pensent être moins performantes et moins attractives.

Par ailleurs, 67% des souhaitent adopter une gestion data-driven de leurs ressources et de leurs espaces de travail. C’est par exemple le cas pour Orange ou la Société Générale, qui déploient des Apps pour leurs salariés. Sur des sites pilotes, on leur propose un véritable agenda des lieux où ils peuvent travailler chaque jour en fonction de leurs attentes.

Ceci n’étant possible qu’à la condition de partager les informations de tous sur les emplois du temps, les temps de réunion et de travail en mode collaboratif ou personnel.

 

 

On comprend que fournir sa position géographique dans et hors des bureaux puissent poser question.

Particulièrement, pour ceux qui redoutent que la moindre interruption de leur activité ne soit analysée comme une baisse de performance ou un manque à gagner pour l’entreprise.

Tout est sans doute une question d’intention : les sociétés peuvent-elles garantir un usage éthique des données de leurs personnels ? La peur se propage hélas, facilement dès lors qu’un exemple de pratique honteuse est révélé par les médias.

Du Big Data au fantasme de Big Brother, le raccourci est à la portée de tous, et l’entreprise moderne devra démontrer qu’elle saura éviter ce piège et protéger ses salariés.

 

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