Inondation, le premier risque naturel de France

Le risque d’inondations représente le premier risque naturel en France. Cette année encore, notre pays a été touché par de violentes précipitations. Paris et l’Ile-de-France ont ainsi enregistré un record de pluviométrie en juin dernier : l’équivalent de 3 mois de précipitations enregistrés en seulement 4 jours ! La Seine a ainsi inondé les berges de la capitale atteignant 6,10 mètres.

Les services départementaux d’incendie et de secours ont effectué sur une journée « près de 12.000 interventions, évacuant les personnes sinistrées et sécurisant les espaces dangereux et près de 3.000 sapeurs-pompiers ont été mobilisés dans tous les départements sinistrés » souligne l’Assemblée des départements de France.

Face à ces risques majeurs, comment le travail s’organise-t-il entre les secours et les pouvoirs publics ?

Eléments de réponse avec le Général Serge Garrigues, ancien Général de brigade, Chef d’État-major interministériel de zone auprès du Préfet de police, Préfet de zone en charge de la planification et de la gestion multirisques des crises pour Paris et l’Ile-de-France.

Quelques mois après l’exercice EU SEQUANA 2016, organisé en mars par la Préfecture de Police de Paris, qui visait à tester la préparation de l’ensemble des acteurs et accroître la culture et la sensibilisation de la population face aux risques naturels, comment les collectivités et les pouvoirs publics ont-ils réagi dans ce contexte bien réel ?

Général Garrigues : Les collectivités particulièrement exposées aux risques d’inondations sont dotées d’un plan communal de sauvegarde (PCS) qui inclut, parmi d’autres, des moyens de veille et d’alerte de la population, ainsi que l’existence d’un poste de commandement et l’identification des moyens de prévention, d’évacuation et d’hébergement à destination des populations sinistrées. Si la situation le nécessite, le préfet a la possibilité de mettre en œuvre le plan Orsec. En cas de catastrophe majeure, des moyens spécialisés ou des moyens nationaux peuvent être déclenchés au niveau ministériel. En matière de prévention du risque inondation, la ville de Paris agit sous l’égide de l’Etat dans un cadre juridique précis, articulé autour du plan prévention du risque inondation. Lors des inondations en Ile-de-France, les services de secours ont été extrêmement sollicités. Des interruptions de circulation routière, ferroviaire et fluviale ont été prononcées, des barrages amovibles ont été déployés dans les arrondissements les plus exposés, des lieux publics ont été fermés et des lieux d’hébergements ont été ouverts.

Malgré la stratégie nationale qui vise à mieux éduquer, préparer, sensibiliser et informer la population, de nombreux foyers se sont retrouvés sous les eaux très rapidement.

Comment les pouvoirs publics ont-ils averti la population de cette crue ?

L’alerte de la population repose sous l’autorité des collectivités territoriales. Toutes les collectivités ne disposent pas du même niveau d’équipements. Certaines adressent des messages d’alerte via des SMS, utilisent Internet et les réseaux sociaux pour informer la population. Mais ces cas restent peu nombreux en France. La grande majorité fait appel à des patrouilles et des véhicules équipés de haut-parleurs… Malgré les efforts et les bonnes volontés, les méthodes restent encore artisanales.

Quels enseignements tirer de ces événements qui ont coûté la vie à 4 personnes et fait 24 blessés ?

Rappelons que cet événement de juin est une « anomalie climatique ». Mais force est de constater, selon les experts du sujet, qu’elles sont de plus en plus nombreuses et vouées à augmenter. Certaines inondations, telles que celles du Loing ont eu lieu hors période « habituelle » et ont touché des zones non répertoriées comme étant inondables. Cela implique donc un changement de paradigme, de posture et d’approche. La vigilance, l’analyse et la connaissance des vulnérabilités, la mise en place des plans de prévention mais aussi de plan d’actions appropriés, doivent donc être étudiées, préparés et disponibles sur l’ensemble du territoire. Les collectivités doivent être prêtes à faire face à tout type de catastrophes. Que nous parlions de risques naturels ou technologiques, mais également de terrorisme.

Quelle pourrait être la valeur ajoutée du numérique dans la gestion des risques ?

La crue de Seine a pour particularité d’être à cinétique lente. Contrairement à d’autres en France, cette crue, et ce malgré l’urbanisation massive de la région Ile-de-France et sa densité de population très importante, a entraîné un bilan qui reste bien entendu pénible mais qui aurait pu être plus lourd encore.

Une application d’alerte des populations aura pour effet de pré-alerter de façon ciblée la population et les organisations publiques ou privées concernées par l’événement. Avec les smartphones l’avantage réside dans la possibilité de restreindre la diffusion en fonction de la géolocalisation des personnes afin de ne pas créer de paniques massives. Les personnes informées peuvent ainsi réagir et adapter les mesures nécessaires afin de limiter l’impact et les conséquences du risque. Elles peuvent aussi informer à leur tour des personnes potentiellement concernées.