Vidéo surveillance : Big Brother vous regarde

Des hommes qui scrutent une multitude d’écrans projetant en direct les images de ce qui se passe à tous les coins de rue ? C’est un cliché de la surveillance urbaine, une figure imposée dans nos villes modernes.

En 2019, le sujet est d’importance : faut-il augmenter la surveillance des villes. Et par conséquent, faut-il avoir recours à la fois à la vidéo et à l’intelligence artificielle ?

Les données personnelles, le principal obstacle

Dans un excellent dossier du 20 décembre 2018, Le Monde posait quelques questions clés autour du débat. Cette controverse anime les acteurs du marché et les collectivités embarquées dans la transformation numérique de la sécurité des citoyens. Jusqu’où peut-on aller dans l’exploitation des images ? Comment respecter les libertés individuelles tout en analysant les comportements sociaux des habitants d’une ville à leur insu ? Peut-on imaginer des applications permettant à chacun de filmer une scène « choquante » et de l’envoyer aux services de police ? La ville de Nice en a justement déjà fait l’expérimentation.

En France, le cadre légal est sans aucun doute plus strict qu’en Chine ou aux Etats-Unis sur l’utilisation de données personnelles. C’est d’ailleurs pourquoi Huawei a été mis en cause par l’administration américaine pour le transfert illégal de données personnelles. Depuis, la marque développe à Valenciennes le concept “Safe City”. Ce projet utilise les dernières innovations en matière de reconnaissance faciale et d’analyse des comportements. D’autres villes sont actuellement les vitrines de projets technologiques et promettent d’améliorer notre sécurité, en respectant les directives de la CNIL et les obligations du récent RGPD.

La sécurité justifie les moyens

« La Safe City est la première brique de la Smart City, c’est un véritable outil d’aide à la décision pour la collectivité », tente de nous rassurer Caroline Pozmentier, adjointe au maire de Marseille en charge de la sécurité publique. Tandis que d’autres veulent aller plus loin, dans le sillage de M. Estrosi, maire de Nice. Il n’hésite d’ailleurs pas à affirmer qu’il dispose du logiciel « qui permettrait demain matin d’appliquer la reconnaissance faciale et d’identifier des individus fichés où qu’ils se trouvent dans la ville… Pourquoi se l’interdire ? ».

Cependant si améliorer les secours et la circulation est légitime, c’est la généralisation de la vidéo-surveillance qui inquiète, pour paraphraser Félix Tréguier, un responsable de l’association la Quadrature du Net. Désormais, on peut joindre au traitement des images fournies par les caméras, la surveillance des réseaux sociaux en temps réel. Détecter les comportements suspects, prévenir les rassemblements , les mouvements de foule, peuvent être des objectifs sécuritaires. Mais notre cadre juridique permet-il de garantir nos libertés individuelles face à l’accélération des technologies ? Lorsqu’on sait que Two-I, start-up fondée à Metz, promet d’analyser les émotions des passants à partir des images de vidéo-surveillance, devons-nous nous méfier ?

Jean Lessi est le secrétaire général de la CNIL. Il a donc été interrogé sur la question de la nécessité d’un moratoire sur les plateformes de Safe City. Il répondait d’ailleurs dans un entretien accordé au Monde qu’il était nécessaire d’engager un débat démocratique. Garantir notre sécurité implique aujourd’hui un recours aux dernières technologies. Celles que personne ne voudrait remettre en cause. Reste sans doute à fixer un cadre plus actuel que celui de la loi Informatique et Libertés datant de 1978.

 

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